impak Finance : Parcours d’une entreprise à mission

La fin du projet de plateforme de consommation responsable et des impak Coins a engendré une grogne, alimentée notamment par ce que nous croyons être une incompréhension du parcours d’impak Finance. 

Nous souhaitons aujourd’hui faire l’exercice d’expliquer ce parcours tout sauf linéaire dans l’espoir que les nombreuses questions soulevées par les membres de la communauté impak trouvent réponse. Nous voulons éviter la langue de bois, illustrer notre tiraillement interne et montrer que nous portons toujours la mission à l’origine de la création d’impak Finance. 

Avant toute chose, il nous apparaît important de réitérer, tel que stipulé dans la toute première page du Livre blanc, que « le MPK n’est pas une action et donc il ne confère aucun droit de propriété sur la Société ou ses actifs. » De plus, les acheteurs et acheteuses d’impak Coins ont pu prendre connaissance des risques importants liés à cet investissement aux pages 44 à 50 du Livre blanc.

Ceci étant dit, il reste que l’équipe impak a travaillé durant de longs mois pour honorer l’engagement et la confiance des participants et participantes à l’ICO en maintenant le projet de consommation responsable en vie le plus longtemps possible. 

Mais commençons depuis le début. Nous vous invitons à lire cet article de Diane Bérard parce qu’on ne l’aurait pas mieux écrit, paru dans le journal Les Affaires en juin 2019, qui décrit de façon juste notre parcours de banque d’impact à plateforme de consommation responsable, ce qu’on appelle notre projet B2C (en français: commerce électronique de détail). Prenons le flambeau à partir de là. Pour ceux et celles qui souhaitent avoir tous les détails de l’ICO, veuillez vous diriger tout au bas du document.

 

Construire l’avion pendant qu’il s’envole

Nous sommes en 2018. Le projet d’application de consommation responsable et des impak Coins est complexe, et les sommes recueillies par l’ICO ne suffisent pas à couvrir les coûts pour le mener à bien. Quelques membres de l’équipe s’échinent pour trouver plus de capital. Tout le reste du personnel de notre startup s’affaire (i) au développement technologique, (ii) au recrutement d’entreprises offrant des produits et services d’impact, (iii) à la construction d’une communauté de consommateurs et consommatrices responsables, (iv) au développement de la méthodologie de qualification des entreprises et à la qualification de celles-ci, et (v) au soutien administratif de l’entreprise. Il faut comprendre qu’à son plus fort, impak compte pas moins d’une trentaine d’employé·es, faites le calcul…

En mai 2018, un comité d’audit composé de membres indépendants du conseil d’administration voit le jour, pour venir soutenir les mesures de probité financière et de pratiques de rémunération raisonnables des employé·es et des fondateur·rices déjà en place depuis le début de l’aventure.

Les efforts de financement portent fruit. À la mi-année 2018, l’équipe d’impak réussit en 2018 à recueillir 1,1 M$ d’investissement dans le capital action de l’entreprise, provenant du réseau Anges Québec, qui s’ajoutent au 1,4 M$ de l’ICO. Ces fonds restent toutefois insuffisants pour fonctionner à plein régime. Nous faisons le choix de réduire la cadence pour survivre jusqu’au prochain financement. 

Des démarches ont été entreprises à l’automne 2018 pour réaliser un deuxième ICO, cette fois-ci en France, pour ajouter au budget du projet. Cette ICO a avorté notamment en raison de la crise des gilets jaunes qui monopolisait l’attention médiatique, comme nous l’écrivions le 11 décembre 2018 dans une lettre aux personnes intéressées à acheter des impak Coins de l’ICO française : « Dans l’air du temps, l’ICO d’impak arrive pile poil au moment où les citoyens demandent un changement radical, où les journalistes respirent au rythme des gilets jaunes (prenant du coup tout l’espace médiatique) et où impak se heurte aux mesures coercitives des réseaux sociaux et des institutions bancaires encadrant les cryptomonnaies et les ICO. C’est chouette d’être à ce point d’actualité ! Et pourtant, du même coup, c’est cette actualité qui nous contraint aujourd’hui à suspendre notre levée de fonds ». Pour plus de détails sur notre aventure pour arriver à pouvoir lancer l’ICO en France, vous pouvez lire notre infographie ICO en France, le manuel de survie, lancé en décembre 2018. 

À cette époque, une première vague d’options d’achat d’action a été octroyée par décision du conseil d’administration indépendant pour compenser les employé·es qui ont accepté de travailler sur paie réduite durant les périodes creuses. 

 

Des hauts et des très bas

En février 2019, impak lance finalement une version bêta pour téléchargement auprès de notre communauté sur Facebook. C’est à ce moment que nous créons le groupe Facebook Bêta-testeurs où nous parlons des nouvelles fonctionnalités ajoutées et des tests que les utilisateur·rices doivent effectuer. 

Des investissements additionnels provenant d’anges investisseurs sont recueillis pour continuer à développer le projet de plateforme B2C. Cependant, l’équipe traverse une période difficile financièrement. Des employé·es acceptent de retourner une partie de leur chèque de paie sous forme de prêt convertible, pour permettre à la startup de continuer à opérer, d’autres quittent, comme ça arrive parfois. La perte de tous les développeurs à ce moment force l’équipe à ralentir considérablement le projet de l’application. 

La situation et les enjeux de développement, de financement et de recrutement est telle que, comme nous l’avions écrit dans un article de blogue à l’époque : «Nous tenons véritablement le projet [de consommation responsable] à bout de bras parce que c’est un projet qui porte nos valeurs et notre idée d’un avenir meilleur. En ce moment, certes, nous traversons la vallée de la mort […]  ». Nous expliquions ici pourquoi nous avons dû nous recentrer sur la recherche de financement. Comme vous le constaterez plus bas, il s’agit ici du moment charnière où le pivot vers le projet d’agence de notation impact a commencé à germer. 

 

Les deux côtés d’une même médaille

Ainsi, tout en cherchant davantage de capital pour poursuivre le projet B2C, l’équipe remarque un intérêt de la part de gestionnaires de capitaux européens pour la méthodologie de notation d’impak. En effet, les régulateurs européens resserrent les exigences de reporting extra-financier et on voit dans la solution de notation d’impak les éléments pour y répondre. Saisissant la balle au bond, impak pense un modèle d’affaires B2B pour potentiellement financer le projet B2C.

Comme l’écrivait la journaliste Diane Bérard dans Les Affaires à propos de cet entre-deux : « Se concentrer sur les clients payants : Impak Finance vise deux clientèles: les consommateurs et les entreprises. Aux premiers, elle veut offrir une plateforme où ils pourront consommer des produits et services d’entreprises à impact positif. Les entreprises pourront aussi consommer des services et des produits entre elles. La seconde clientèle se compose de fonds d’investissement. »

Toujours dans cet article, voilà comment notre co-fondatrice et directrice générale Tima Gros a résumé la situation : « On ne va pas le cacher, nous avons passé des moments difficiles […]. Nous avons rencontré beaucoup de gens enthousiastes, certes. Mais une entreprise a besoin d’entrées d’argent. Pour demeurer en affaires, il faut que des chèques se signent. Pour l’instant, c’est notre expertise en qualification d’impact qui nous fait gagner des contrats, alors nous orientons les efforts de ce côté. Nous avons trouvé une autre façon de remplir notre mission.»

Ainsi, deux contrats de notation d’impact sont signés avec des firmes françaises dans la deuxième moitié de 2019. Les revenus rentrent et permettent à la startup de respirer temporairement.

Le fonds de roulement reste tout de même très bas et des efforts additionnels s’imposent. Plusieurs membres de la direction abandonnent leur salaire le temps de stabiliser la situation. En parallèle, le travail de développement de la plateforme B2C continue, en raison d’un nouveau partenariat avec nventive, une firme montréalaise de développement d’applications.

Ce partenariat ajoute 500 k$ au budget du projet B2C. Cependant, en raison de l’impossibilité d’un transfert de connaissances (car tous nos développeurs sont partis durant une première période difficile), nventive décide de reprendre le développement de l’application à zéro. Le capital et les ressources manquent toujours pour continuer les autres aspects du projet, notamment les impak Coins.

L’un des contrats B2B signés en 2019 attire l’attention de la Place financière parisienne et valide du même coup la méthodologie d’impak pour répondre aux besoins de notation extra-financière du marché. L’équipe impak voit un modèle d’affaires porteur et viable dans cette activité de notation d’impact. Ceci lui permettra de continuer à exister tout en poursuivant sa mission.

 

À la croisée des chemins

Une ronde de financement prévue pour la fin 2019 échoue dû à des circonstances externes malheureuses… En février 2020, est lancée officiellement à Paris impak, l’agence de notation d’impact indépendante. Dans la foulée, une deuxième ronde de financement est mise sur pied, puis c’est la pandémie. impak fait le choix de cesser ses communications relatives au projet B2C. Son équipe de communication étant constituée d’une seule personne, celle-ci focalise ses efforts sur la promotion de la méthodologie de notation pour l’agence afin que l’entreprise survive à la pandémie.

Des choix difficiles sont faits. Le développement de la plateforme B2C est suspendu indéfiniment. Les chantiers sont avancés, mais ne peuvent être poursuivis.

Les efforts sont maintenant concentrés sur la génération de revenus à court terme en tant qu’agence de notation d’impact. C’est ce qui permet à impak à l’automne 2020 de recueillir le capital nécessaire pour continuer d’opérer.

Par ailleurs, une deuxième vague d’options d’achat d’action est octroyée par décision du conseil d’administration indépendant pour compenser encore une fois les employé·es qui ont accepté de travaillersur paie réduite durant ce moment difficile. À noter que ces options ont une valeur théorique qui ne se réalisera que lors d’un événement de liquidité. Et comme il s’agit bien d’humains dont nous parlons ici, qui ont des factures à payer et souvent des familles à nourrir, il nous apparaît important de mentionner que les dirigeant·es d’impak ont soutenu autant que faire se peut leurs employé·es notamment en prêtant de l’argent pour réaliser les paies, en donnant des cautionnements et en faisant des représentations et garanties personnelles.

Un contrat pour la qualification d’entreprises avec une grande banque française est signé, puis d’autres clients suivent. impak peut penser à moyen-terme en tant qu’agence de notation d’impact.

Malgré le soleil qui recommence à nous sourire grâce à la notation d’impact, le coeur d’impak reste engagé dans le projet de consommation responsable et l’équipe souhaite trouver un dénouement honorable pour sa communauté de détenteurs et détentrices de MPK. Plusieurs avenues sont explorées, sachant que la reprise du développement de la plateforme B2C n’est pas une option viable pour la génération de revenus à court terme et la survie de notre start-up.

La déception et le mécontentement de la communauté ainsi que notre propre attachement au projet B2C nous poussent à chercher une solution pour reconnaître, autant que possible, la confiance de ceux et celles qui ont acheté des MPK. Après de nombreuses démarches infructueuses pour que d’autres reprennent le projet de plateforme et les MPK tel que nous les avions pensés, c’est une mouture différente du projet B2C qui trouve preneur début 2021.

 

Nouveaux départs

Ces discussions se soldent avec la création, en mai 2021, d’une entreprise dérivée séparée d’impak qui mettra sur pied un programme de fidélisation faisant la promotion de la consommation auprès d’entreprises d’impact et qui se greffera à des cartes de crédit existantes.

Les entreprises de ce projet seront notées par impak et le projet pourra profiter, dans une certaine mesure, du travail de fédération d’entreprises d’impact entrepris par impak depuis 2018. Cette nouvelle entité n’a pas d’obligation envers les détenteurs et détentrices d’impak Coins, mais comme impak Finance est l’un de ses actionnaires, elle tentera de reconnaître dans la mesure du possible et sous quelque forme que ce soit l’engagement des participants et participantes à l’ICO. De son côté, impak annule les impak Coins et les retire de son bilan financier. 

Il n’est pas dit que certaines décisions auraient pu aller autrement. Est-ce que le mécontentement et le manque de communication avec la communauté d’impakteurs·rices auraient pu être évités? Peut-être. Le fait est que nous n’avons jamais cessé de penser à la communauté de la plateforme et que nous sommes déçu·es de devoir abandonner le projet. 

 

Le fil conducteur

À travers ces nombreux moments difficiles, le fil conducteur de notre aventure, celui qui a motivé des employé·es à travailler à paie réduite, celui qui a fait que nous n’avons jamais cessé de vouloir avancer, celui qui a réussi le tour de force de garder une équipe d’irréductibles résiliente et soudée, c’est la conviction que nous tenons entre les mains une méthodologie de notation d’impact qui peut réellement changer le paradigme économique à l’origine des crises environnementales et sociales que nous traversons. Pour citer Diane Bérard une dernière fois : « Voilà à quoi ressemble le parcours d’une entreprise, au-delà des communiqués de presse. »

 

Ainsi, avec un modèle d’affaires pérenne, une rentrée d’argent relativement stable à court terme et la finance durable qui prend finalement son envol, impak est fière de pouvoir poursuivre sa mission : accompagner les acteurs et actrices économiques à faire des choix responsables éclairés en notant l’impact positif et négatif, social et environnemental des entreprises. Il est vrai que les acteurs ont changé, mais le fond, le cœur, reste le même et c’est ce que doit faire une entreprise à mission. 

 


Le premier ICO réglementé au monde

L’idée de faire un ICO pour financer le projet est venue d’une conférence sur le financement de startups qui a eu lieu à Toronto, au printemps 2017. À l’époque, les cryptomonnaies, en particulier le Bitcoin et l’Ethereum, étaient objets d’une grande ferveur spéculative et les émissions de nouvelles crypto-monnaies par l’entremise d’ICO attiraient des sommes étourdissantes. Ces ICOs, pour la plupart, étaient lancés d’endroits où il n’existait aucun cadre réglementaire protégeant les investisseurs, rendant les opérations faciles à exécuter, à leur détriment.

Nous voulions proposer à notre communauté un ICO différent des autres, qui respectait la réglementation en matière de valeurs mobilières.  Nous avons donc approché l’AMF avec notre projet pour définir un cadre réglementaire d’exception, en l’absence de réglementation spécifique sur les ICO, un cadre réglementaire d’exception. Nous avons eu, plusieurs mois plus tard, la permission de procéder, en autant que le processus d’achat respecte des règles bien établies qui suivaient presqu’en tout point les exigences d’un placement sur les marchés dispensés. Le impak Coin serait donc l’objet d’un contrat d’investissement semblable à ceux d’un placement privé, i.e. contiendrait les mêmes clauses que les contrats encadrant des investissements risqués et peu liquides. 

Nous avons donc dû : (i) formuler notre White Paper sous la forme d’une Notice d’offre (Offering Memorandum), un document explicatif commun aux placements privés, qui encadrait l’achat de MPK comme mode de financement d’un projet (et non pas comme prise de participation dans le capital action de l’entreprise elle-même); (ii) établir une procédure pour la vérification de l’identité des investisseurs; (iii) inclure dans le processus d’achat des questions sur la connaissance générale sur les investissements et les crypto-monnaies, ainsi que sur les objectifs d’investissement; (iv) établir des contrôles sur les montants investis en fonction de la situation financière des investisseurs; et surtout, (iv) inclure un formulaire sur la reconnaissance des risques inhérents à ce type d’investissement. Le processus d’achat que nous avons développé protégeait les investisseurs en s’assurant que les montants investis soient convenables à leur situation financière.

Le parcours d’achat dissuadait par ailleurs les spéculateurs. La valeur de l’impak Coin ne varierait pas en fonction de l’offre et de la demande sur une plateforme d’échange publique. Elle varierait en fonction de l’activité économique sur la place de marché que nous allions construire.

Résultat de l’ICO : 2,266 investisseurs, $1.4m pour démarrer le projet. La récolte était bien inférieure à celle des autres ICO non régulés, mais nous étions les premiers en Amérique du Nord à réussir un ICO conforme aux lois sur les valeurs mobilières. Nous avons donc débuté les travaux.


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